Retard de la parole

L'Académie rapporte aussi une augmentation des troubles du sommeil chez ceux qui dorment avec leurs téléphones : même faible, la luminosité émise par les smartphones trouble l'horloge biologique et altère la qualité du sommeil.

Une étude publiée dans la revue scientifique Nature en mai 2017 a également montré que les tout-petits (de 6 à 36 mois) exposés aux écrans en fin de journée ont une durée de sommeil significativement plus courte du fait de la lumière bleue émise par les smartphones et tablettes.

Cette dernière affecte la synthèse de mélatonine, une hormone jouant un rôle important dans le mécanisme du sommeil. L'excès d'exposition aux écrans aurait également des conséquences sur la vue des 16/24 ans, a alerté l'association nationale pour l'amélioration de la vue (Asnav) en août 2017.

Avec huit heures par jour sur un écran, dont quatre heures sur un smartphone, les 16/24 ans développeraient une «  myopie fonctionnelle  » (problème d'accommodation à la vue de loin). Le nez trop collé à leurs écrans, 40  % des 16/24 ans éprouveraient désormais des difficultés à voir de loin, indique l'association. Outre les effets sur la santé, de plus en plus de professionnels s'inquiètent des retards de langage ou troubles du comportement associés à une exposition précoce et excessive aux écrans.

D'après une étude de l'université de Toronto (Canada) publiée en mai 2017, plus un enfant passe de temps devant un écran, plus il a de retard dans l'apprentissage du langage. Sur près de 900 enfants âgés de 6 mois à 2 ans et suivis entre 2011 et 2015, les chercheurs ont observé un risque accru de 49  % de retard de la parole pour chaque demi-heure quotidienne d'écran.

Des résultats qui confirment les craintes des professionnels de santé de la petite enfance, qui, depuis quelques années, dénoncent une altération du développement moteur et mental des jeunes enfants trop exposés. 

Culture du zapping

«  Des centaines d'études montrent que la frénésie numérique actuelle offre un terrain de développement pauvre qui affecte négativement résultats scolaires, langage, concentration, goût de l'effort et capacité de récompense différée (un indicateur prédictif de la réussite scolaire et professionnelle), explique Michel Desmurget, chercheur Insermspécialisé en neurosciences. En chassant l'ennui de la vie des enfants, les écrans altèrent aussi le développement de leurs capacités de créativité.  » Même Microsoft a constaté ce changement en expliquant à ses annonceurs que les capacités attentionnelles des enfants nés après l'avènement du numérique, les «  Digital Natives  », s'effondraient, passant de douze secondes en 2000 à huit secondes en 2015. Moins qu'un poisson rouge, qui peut rester concentré neuf secondes  ! En cause  ? Une nouvelle culture de zapping de l'information développée par les smartphones et l'habitude de passer rapidement d'une chose à l'autre. Rien d'étonnant à cela, d'après Michel Desmurget : «  Pour se développer, une fonction (attention, langage ou autre) a besoin d'être sollicitée.  »

Rien qu'avec la télévision, pour laquelle on dispose de nombreuses études, on sait aujourd'hui que l'exposition précoce entraîne un vocabulaire moins riche, moins complexe et moins varié avec, à long terme, une perte importante du lexique. Pourquoi  ? À 4 ans, un enfant sans télévision et évoluant dans une famille favorisée aura partagé 45 millions de mots avec ses proches. Soumis régulièrement à la télévision, ce chiffre chuterait de 40  %, soit autant que s'il avait été élevé dans une famille défavorisée… Le pire  ? La télévision dans la chambre. Elle fait baisser fortement les résultats scolaires des enfants, par exemple d'un tiers en mathématiques. «  D'après moi, cette surexposition aux écrans est une source majeure d'échecs et de difficultés scolaires, commente Michel Desmurget. Si votre enfant semble avoir un trouble de l'attention ou de l'apprentissage, vous obtiendrez une amélioration nette en coupant cet excès d'écrans qui volent un temps phénoménal au travail scolaire, à nombre d'activités vraiment nourrissantes (par exemple, la lecture) et au sommeil.  »

L'effet Facebook

Si les écrans récréatifs semblent grignoter le quotient intellectuel de nos enfants, qu'en est-il de Google et Internet  ? Il semble qu'Internet stimule chez les utilisateurs assidus l'activité de certaines régions cérébrales liées à la prise de décision, à la résolution de problèmes et à une pensée plus rapide en surface, mais cela se ferait peut-être au détriment des capacités d'attention et de réflexion profonde. «  En 2015, l'étude Pisa (évaluation du niveau scolaire des élèves des pays de l'Organisation de coopération et de développement économique) a d'ailleurs montré que ce sont les enfants utilisant le moins les outils numériques dans le cadre scolaire qui en font le meilleur usage, car ils ont pu développer au préalable des capacités de synthèse et de digestion de l'information  », commente Michel Desmurget. 


Si, officiellement, Facebook est autorisé à partir de 13 ans seulement, nombre d'enfants plus jeunes y sont inscrits. 48  % des 8-17 ans y sont connectés et 92  % d'entre eux utilisent leur vraie identité et y livrent régulièrement des informations personnelles, ce qui les expose non seulement à une présentation d'eux-mêmes qu'ils trouveront peut-être peu reluisante auprès d'un DRH à l'âge adulte, mais aussi à de mauvaises rencontres ou insultes. 25  % auraient été victimes d'insultes ou de rumeurs sur Facebook. Outre ces risques, Facebook pourrait également favoriser la dépression et le mal-être. De récentes recherches ont montré que les adolescents comptant plus de 300 amis sur Facebook étaient plus stressés que les autres, avec un taux de cortisol, l'hormone du stress, bien plus élevé. En effet, pour rester au top (nombre d'amis, de likes, de posts…), les utilisateurs parlent surtout d'eux-mêmes sur les réseaux sociaux (80  % du temps passé), ce qui génère à la fois du plaisir, de l'anxiété d'être rétrogradé et un besoin de se connecter fréquemment.